NDAWRAGUINE, LE PATRIMOINE CULTUREL DES LEBOUS

NDAWRAGUINE, LE PATRIMOINE CULTUREL DES LEBOUS

Publié le 2019-05-09

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NDAWRAGUINE, LE PATRIMOINE CULTUREL DES LEBOUS

 

Le « Ndawraguine » communément appelé « Ndawrabine » est la principale danse de la communauté lébou et particulièrement de sa jeunesse. C'est une forme de procession accompagnée d'une chorégraphie où se mêlent les jeunes souvent appartenant à une même génération. C’est une danse pratiquée en majorité par les femmes lébous. A côté du « Goumbé » et « Yaba », autres formes de danses, il est traditionnellement organisé durant les périodes pré-hivernales afin d'occuper les jeunes et les distraire.

signification étymologique composée de « Ndaw » qui veut dire jeune et « Raguine » qui fait appel à l'expression corporelle du danseur. Aujourd'hui, on peut le voir dans les cérémonies et particulièrement, d'intronisation des dignitaires lébous ou encore lors des journées culturelles organisées à Mbott, fief des Grands Diaraf et un des douze quartiers traditionnels de Dakar et même dans la lutte sénégalaise. Cependant le Ndawraguine n'a pas résisté aux assauts de la modernité.  Selon El Hadji Amadou Barro Diène, un fervent lébou et l’actuel secrétaire à l’organisation de l’association nationale des porteurs de pancartes,  il  s'agit à la fois d'une fête de réjouissance et de prévention pour les jeunes filles et garçons. «Il était recommandé aux garçons d'aller au champ, de veiller sur la concession, de faire attention à la mer ; et les filles devaient assister les hommes lors des travaux champêtres, leur emmener à manger et d'éviter certaines distractions évasives », précise-t-il. 

Dans un autre registre, cette danse sacrée, est une affaire d'initiés, en l'occurrence le Diaraf et les personnes impliquées. Les rituels sacrés organisés la veille, sont entourés du voile du secret. Elle  est dirigée par le Diaraf après son intronisation. Et pour ce qui est de la périodicité, le Ndawraguine se passe chaque année vers la fin du mois d'avril et au cours du mois de mai et juin. A l'occasion de la fête du Ndawraguine, explique notre interlocuteur, « les jeunes esquissent des pas de danse afin de démontrer qu'ils sont bien portants, dynamiques, bref qu'ils sont jeunes. Il  se distingue du goumbé qui est une danse qui se pratique après les travaux champêtres en attendant les récoltes et aussi pour préparer les « Mbapatt » (séances nocturnes de lutte traditionnelle) insiste M. Diène. Il est aussi différent du « Yaaba », une danse classique destinée aux grandes dames Lébou du Sénégal. En dansant le ‘’N’DAWRABINE’’, les femmes s’habillent en tenue typiquement traditionnelle. D’abord chacune d’elles porte une robe longue, des pagnes jusqu’à 7, ou au minimum 4, elles ajoutent à cela des colliers en perles au cou, et portent des babouches comme chaussures etc. Elles se maquillent et se tatouent à la manière de la femme sénégalaise d’hier. Pour la danse, elles  forment deux colonnes parallèles, en dansant de façon nonchalante et en chantant en même temps les louanges des génies. A l’approche de la fin de la chorée, elles pressent un peu le pas de danse pour faire du ‘’NDAWRABINE’’ endiablé. Cette danse fait donc appel à la grâce et à la coquetterie des dames Lébou» ajoute-t-il. Il faut aussi noter que les batteurs qui assurent l’animation appartiennent pour la plupart des cas à la collectivité, on les appelle ‘’Badj-Guéweul’’. 

A côté des autres localités Lébou (yoff, Rufisque, Ngaparou etc), Dakar organise la cérémonie de Ndawraguine à Mbott, un des douze quartiers traditionnels de Dakar. Cette fête est  organisée que par le grand Diaraf, souligne notre source. En effet, pour notre interlocuteur, Mbott est le lieu où le Ndawraguine se pratique dans la pure tradition : « elle est faite durant l'intronisation de Grand Serigne de Dakar, des Ndeydji Rew, les journées culturelles, les fanal, les régates, entre autres événements majeurs de la collectivité Lébou» énumère Barro Diène. 

 Malheureusement  sont actuellement les rares moments où l'on peut assister à d'authentiques cérémonies de Ndawraguine. «L'organisation du Ndawraguine a toutefois été progressivement dispersée. Cette « fête de la jeunesse » s'est vite transformée en une sorte de carnaval très folklorique où les femmes se déguisent en hommes et ces derniers en femmes. Un changement de comportement qui, selon lui, fait perdre au Ndawraguine son caractère authentique, original et de sa splendeur. Résulat, il ne reflète plus la culture Léboue au sens propre, regrette-t-il. Disons que le  patrimoine culturel du Sénégal est très fourni, mais malheureusement il n’est pas assez exploré et conservé comme il le faudrait ; de plus en plus la nouvelle génération élude ou du moins ne semble n’avoir de notions précises à propos des spécificités culturelles du pays.  

 

 

Par Aida Dial Kane

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